Bricks : faut-il investir via cette plateforme de crowdfunding immobilier ?
Une cliente me posait la question il y a quelques semaines : « Sophie, j’ai vu une pub pour Bricks, ils disent qu’on peut investir dans l’immobilier dès 10 euros — c’est sérieux ? » Sa question est légitime. Et elle mérite une réponse honnête, pas un discours marketing.
Bricks est une plateforme de crowdfunding immobilier — c’est-à-dire un outil qui permet à des particuliers de financer collectivement des biens immobiliers en échange de rendements. Le concept est séduisant. Mais avant d’y placer de l’argent, il faut comprendre ce que vous achetez vraiment, ce que vous risquez, et si ce type d’investissement correspond à votre situation.
C’est exactement ce que je vous explique ici — sans jargon inutile, sans langue de bois.
Qu’est-ce que Bricks, concrètement ?
Bricks est une fintech française créée en 2021. Son positionnement de départ : rendre l’investissement immobilier accessible à tous, même avec un tout petit budget. La promesse initiale reposait sur un modèle dit de royalties — vous achetiez des parts d’un bien, et vous touchiez une part des loyers perçus.
Ce modèle a depuis évolué. Sous la pression réglementaire — notamment de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers, le gendarme français de la finance) — Bricks a migré vers un modèle obligataire. Concrètement : vous prêtez de l’argent à la plateforme via des obligations, et vous percevez des intérêts fixes en échange.
Ce n’est plus tout à fait la même chose. Et cette distinction est fondamentale pour comprendre ce que vous détenez réellement.
Comment fonctionne l’investissement sur Bricks ?
Le modèle obligataire en clair
Une obligation, c’est un titre de créance. Vous prêtez une somme à une société, elle s’engage à vous rembourser avec des intérêts. Ce n’est pas une part de propriété d’un bien immobilier — c’est un prêt. La nuance est importante.
Sur Bricks, vous achetez donc des obligations adossées à des projets immobiliers. La plateforme finance l’acquisition ou la rénovation d’un bien, génère des revenus locatifs, et vous reverse une partie sous forme d’intérêts mensuels.
Les étapes pour investir sur Bricks
- Créer un compte en ligne (vérification d’identité obligatoire)
- Alimenter votre portefeuille
- Parcourir les projets disponibles et sélectionner ceux qui vous intéressent
- Investir à partir de 10 euros par projet
- Percevoir des intérêts mensuels sur les sommes investies
La plateforme propose aussi un investissement programmé — un mécanisme qui investit automatiquement vos liquidités selon des critères que vous définissez. Pratique pour ceux qui veulent automatiser sans suivre chaque projet manuellement.
Quels rendements peut-on espérer sur Bricks ?
Bricks communique sur des rendements annuels autour de 8 à 12 % bruts selon les projets. C’est élevé. Très élevé, même, par rapport à d’autres placements comme le Livret A (3 %) ou une SCPI classique (entre 4 et 6 %).
Mais un rendement élevé, ça signifie toujours une chose : un risque plus élevé en face. C’est une règle universelle en finance, et l’immobilier n’y échappe pas.
Ces rendements sont bruts. Il faut en déduire la fiscalité applicable (les intérêts sont imposés comme des revenus de capitaux mobiliers, avec le prélèvement forfaitaire unique de 30 % par défaut), ainsi que les frais de la plateforme.
Les frais : ce qu’on ne voit pas toujours clairement
Bricks prélève des frais à plusieurs niveaux. Les investisseurs ne les payent généralement pas directement sur leurs rendements — ils sont intégrés dans la structure des projets. C’est un modèle courant dans le crowdfunding immobilier, mais qui mérite d’être connu.
Sous l’ancien modèle royalties, ces frais étaient particulièrement élevés — certains analystes les estimaient entre 10 et 15 % du montant investi sur la durée. Le modèle obligataire a opéré une simplification, mais il reste important de lire attentivement la documentation de chaque projet avant d’investir.
Quels sont les risques réels ?
Le risque de défaut
Si un locataire ne paie plus ses loyers, le projet génère moins de revenus. Si la situation se prolonge, les remboursements peuvent être retardés ou réduits. Bricks prévoit des mécanismes de gestion des impayés, mais aucun n’est infaillible.
Le risque de liquidité
Votre argent est immobilisé pendant la durée du projet — généralement entre 2 et 5 ans. Il existe un marché secondaire pour revendre vos obligations avant terme, mais la liquidité n’est pas garantie. Ce n’est pas un livret que vous pouvez vider en 24 heures.
Le risque plateforme
Si Bricks fait faillite, que se passe-t-il ? C’est la question que tout investisseur sérieux doit poser. La plateforme dispose d’un agrément PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif) délivré par l’AMF — ce qui apporte un cadre réglementaire. Mais un agrément ne garantit pas la pérennité d’une entreprise.
Le risque de marché immobilier
La valeur des biens peut baisser. Si un projet se termine par une revente du bien en moins-value, les remboursements peuvent en être affectés. L’immobilier reste une valeur de long terme — mais aucun bien n’est à l’abri d’une dépréciation conjoncturelle.
Ce que j’observe sur le terrain : le crowdfunding face à l’immobilier direct
Dans mon métier d’agent immobilier sur la Côte d’Opale, je rencontre régulièrement des épargnants qui hésitent entre plusieurs stratégies : acheter un bien physique, passer par une SCPI (Société Civile de Placement Immobilier — des fonds qui mutualisent l’investissement dans des parcs immobiliers), ou tester des plateformes comme Bricks.
Ce que j’observe : les plateformes de crowdfunding séduisent surtout les investisseurs débutants ou avec peu de capital. Et c’est une bonne chose — l’accessibilité est réelle. Mais elles ne remplacent pas un vrai patrimoine immobilier. Elles peuvent le compléter.
Si vous cherchez à investir dans l’immobilier avec un petit budget, les plateformes de crowdfunding sont une option à considérer — à condition de bien comprendre ce qu’on y achète.
Bricks vs investissement immobilier locatif classique : quelle différence ?
C’est une comparaison que j’entends souvent. Voici les points clés :
- Ticket d’entrée : 10 € sur Bricks contre généralement 50 000 à 200 000 € (avec crédit) pour un bien physique sur la Côte d’Opale
- Gestion : zéro contrainte sur Bricks, gestion active (ou délégation payante) pour un bien en propre
- Propriété : vous êtes propriétaire d’un bien physique — pas sur Bricks, où vous êtes créancier
- Levier bancaire : impossible sur une plateforme, possible sur un achat classique (vous pouvez emprunter pour investir)
- Fiscalité : différente selon les cas — le statut LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) par exemple permet des optimisations fiscales puissantes que le crowdfunding n’offre pas
L’un n’exclut pas l’autre. Certains de mes clients investissent quelques centaines d’euros sur des plateformes en attendant d’avoir un apport suffisant pour acheter un bien réel. C’est une stratégie cohérente.
Les erreurs fréquentes des investisseurs sur Bricks
Mettre tous ses œufs dans le même panier. Concentrer une épargne importante sur une seule plateforme, c’est un risque inutile. La diversification reste la règle de base.
Confondre rendement brut et rendement net. Les 10 % affichés deviennent 7 % après fiscalité. Ce n’est plus la même histoire.
Ignorer la durée d’immobilisation. Certains investisseurs placent des fonds dont ils auront besoin dans 18 mois. Si la liquidité n’est pas au rendez-vous à ce moment-là, c’est problématique.
Ne pas lire la documentation des projets. Chaque projet a ses caractéristiques, ses garanties, sa durée. Investir sans lire, c’est parier à l’aveugle.
Sous-estimer le risque plateforme. Bricks a traversé plusieurs crises depuis sa création — changement de modèle, levée de fonds difficile, questions de transparence soulevées par des investisseurs. Ces signaux méritent attention.
Bricks est-il fiable ? Ce qu’on peut dire objectivement
Bricks dispose d’un agrément PSFP, ce qui signifie qu’elle est supervisée par l’AMF. Ce n’est pas rien — de nombreuses plateformes n’ont pas ce cadre. Les fonds des investisseurs sont séparés des fonds propres de l’entreprise, ce qui offre une protection en cas de défaillance.
Cela dit, la plateforme a connu des turbulences. Le passage forcé du modèle royalties au modèle obligataire, une levée de fonds en BSA-AIR qui a déçu les participants, des critiques sur la communication… Ces éléments ne disqualifient pas Bricks, mais ils invitent à la prudence.
Ma position : Bricks peut être un outil intéressant dans une stratégie diversifiée, avec des montants maîtrisés, pour un investisseur qui comprend ce qu’il fait. Ce n’est pas un placement sans risque, et personne ne devrait y consacrer une part significative de son patrimoine.
Si vous réfléchissez à une stratégie plus complète, la lecture de notre guide sur l’investissement dans l’ancien peut vous donner une vision complémentaire utile.
Ce qu’il faut retenir avant d’investir sur Bricks
- Bricks est une plateforme réglementée (agrément PSFP/AMF), ce qui offre un cadre légal sérieux — mais ne garantit pas les performances ni la pérennité
- Les rendements affichés (8-12 %) sont bruts — déduisez 30 % de fiscalité pour obtenir le rendement net réel
- Votre argent est immobilisé pendant la durée du projet — ce n’est pas une épargne disponible à tout moment
- Ce n’est pas de la propriété immobilière — vous êtes créancier, pas propriétaire ; pas de levier bancaire, pas de patrimoine bâti
- La diversification reste essentielle — Bricks peut compléter une stratégie patrimoniale, mais ne devrait pas en être le pilier unique
Conclusion : brics investir, oui — mais les yeux ouverts
Bricks a le mérite de démocratiser l’accès à l’immobilier. Pour quelqu’un qui n’a pas encore les moyens d’acheter un appartement à Le Touquet ou à Berck, placer 100 ou 500 euros dans des projets immobiliers peut être un bon moyen d’apprendre, de tester, de faire travailler une épargne.
Mais investir sur Bricks ne remplace pas un vrai projet immobilier. Quand vient le moment d’acheter — une résidence principale, un investissement locatif, un bien secondaire sur la Côte d’Opale — l’accompagnement d’un professionnel qui connaît le terrain fait toute la différence.
Vous avez un projet immobilier dans la région, une question sur votre stratégie d’investissement, ou vous voulez simplement savoir ce que vaut votre bien aujourd’hui ? Contactez-nous chez Mercy Immobilier. Sans engagement, sans pression — juste une conversation honnête entre gens du coin.







